Traverser le cimetière du Père-Lachaise une dernière fois.
Pendant neuf années, le cimetière du Père-Lachaise a été bien plus
qu’un lieu que je traversais chaque matin.
Il représentait une parenthèse.
Une traversée silencieuse avant d’ouvrir la boutique Les Derniers Trappeurs,
loin du tumulte des boulevards de Ménilmontant, Charonne et Gambetta.
Durant ces années, les saisons ont défilé comme des tableaux vivants.
L’hiver déposait une lumière froide sur les pierres et les allées désertes.
Le printemps ramenait les oiseaux et les couleurs discrètes des arbres qui renaissent.
L’été étouffait parfois Paris sous une chaleur dense, tandis que l’automne recouvrait les chemins d’un tapis de feuilles humides.
Chaque matin offrait une nuance différente, une sensation nouvelle,
un détail passé inaperçu la veille.
Traverser le Père-Lachaise, c’était un moment de liberté.
Un instant suspendu avant le travail, propice à la réflexion.
J'en profitais bien souvent pour appeler ma mère, car elle pouvait visualiser mon trajet.
Je l'avais emmenée quand elle pouvait encore marcher, il y a bien longtemps.
Dans ce lieu où reposent les morts, il y a paradoxalement quelque chose de profondément vivant : le chant des oiseaux, les quelques visiteurs matinaux perdus entre les tombes, les jeux de lumière sur les monuments.
Aujourd’hui, cette traversée a une saveur amère.
C’est la dernière fois.
Ce matin je vais rendre les clés de la boutique.
Une page se tourne après presque une décennie de présence quasi quotidienne dans ce quartier et dans ce décor singulier.
Ce matin, il fait 31 degrés.
Les gens se promènent tranquillement dans les allées du cimetière.
Les oiseaux chantent comme ils l’ont toujours fait.
On dirait que l'été est là, c'est tellement beau!
Et cette continuité du monde rappelle une chose simple et essentielle :
rien n’est immuable.
Les lieux restent, les habitudes disparaissent.
Les portes se ferment, d’autres s’ouvrent ailleurs.
C'est ce que tout le monde me dit. J'espère qu'ils disent vrai...
Pourtant, certains endroits continuent d’exister en nous longtemps après qu’on les a quittés.
Le Père-Lachaise aura été cela :
un refuge quotidien, un espace de silence au milieu du bruit,
une respiration dans la mécanique des jours.
Une traversée répétée des centaines de fois,
jusqu'à ce matin...










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